10 septembre 2026
Depuis 25 ans, Les Fourchettes de l’espoir fait de l’alimentation bien plus qu’une réponse à un besoin essentiel : un point de départ pour créer des liens, soutenir les parcours et contribuer à améliorer la qualité de vie à Montréal-Nord.
Il aura fallu une frustration, un peu de hasard et surtout l’envie d’agir pour que naisse Les Fourchettes de l’espoir.
À son arrivée à Montréal-Nord, Brunilda Reyes s’implique rapidement dans la communauté et découvre une réalité qui la marque : des enfants arrivent à l’école sans avoir mangé, des familles peinent à se nourrir adéquatement et l’accès à une alimentation saine demeure intimement lié aux conditions sociales et économiques. L’idée d’une cafétéria avec une banque alimentaire commence à germer puis, grâce à de l’engagement et la rencontre de personnes partageant la même volonté d’agir, devient un organisme à part entière.
Les Fourchettes de l’espoir voit alors le jour, cofondé par deux femmes, dont Brunilda Reyes - aujourd’hui directrice des Fourchettes de l’espoir - qui souhaitent rendre une alimentation de qualité plus accessible à la population de Montréal-Nord, tout en contribuant à la réinsertion sociale et professionnelle et à l’amélioration des conditions de vie, avec un nom qui résume bien leur vision : une fourchette pour nourrir, et l’espoir pour continuer à croire que les choses peuvent changer.
Dès ses débuts, Fourchettes de l’espoir fait donc un choix qui guidera les 25 années suivantes : agir sur l’alimentation, mais ne jamais réduire les personnes à leur besoin alimentaire.
Au fil des années, cette vision s’est traduite par le développement de deux grands volets complémentaires : l’économie sociale et l’action communautaire.
D’un côté, l’organisme produit des repas et des collations et d
éveloppe des ententes avec différents partenaires, notamment La Cantine pour tous et Le Club des petits déjeuners pour les repas dans des écoles. Cette activité économique permet de soutenir une partie de la mission sociale de l’organisme, tout en maintenant l’accessibilité des produits.
De l’autre, Les Fourchettes de l’espoir développe une multitude d’actions directement destinées à la communauté afin de lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale : dépannage alimentaire, cuisines collectives, ateliers culinaires, camps de jour, activités pour les jeunes, accompagnement ou encore initiatives de réinsertion.
L’approche est la suivante : la nourriture devient une porte d’entrée pour rejoindre les personnes, mais l’objectif est beaucoup plus large.
Apprendre à cuisiner, recevoir une collation, participer à un camp de jour, obtenir un premier emploi, retrouver un lien avec ses enfants ou reprendre un parcours scolaire sont autant d’occasions de créer des conditions favorables à une meilleure qualité de vie.
Aujourd’hui, l’ampleur du travail réalisé au fil des années est impressionnante :
Ces chiffres ne racontent toutefois qu’une partie de l’histoire. Derrière chaque repas, chaque panier ou chaque collation, il y a une personne, une famille, un enfant ou un parcours.
En 25 ans, Montréal-Nord a changé, et les réalités vécues par sa population aussi. Les communautés présentes sur le territoire se sont diversifiées et les besoins sont devenus plus complexes. Aujourd’hui, une personne qui demande de l’aide alimentaire peut aussi vivre des difficultés liées à la santé, à la famille, au logement, à la violence ou à l’emploi. Pour répondre à ces réalités, les organismes doivent travailler ensemble.
Fourchettes de l’espoir s’inscrit dans cette dynamique collective qui fait la richesse de Montréal-Nord. L’organisme agit aux côtés de nombreux acteurs et actrices du territoire qui travaillent, chacun à leur façon, à améliorer l’accès à une alimentation saine et à soutenir les personnes et les familles.
La sécurité alimentaire est une responsabilité collective. Depuis 25 ans, Fourchettes de l’espoir contribue à cet effort en développant ses propres services, mais aussi en collaborant avec des partenaires et en participant à des projets issus des besoins identifiés dans la communauté. C’est notamment ce qui a donné naissance à Rayon de Soleil.
Au début de l’année 2009, un travail de concertation fait ressortir une réalité préoccupante : de jeunes mères abandonnent leurs études après avoir eu un enfant, faute de soutien et de conditions favorables à la poursuite de leur parcours.
Les Fourchettes de l’espoir décide alors de mettre ses moyens au service de ce besoin.
Rayon de Soleil offre un milieu de vie à des jeunes mères monoparentales qui souhaitent poursuivre leurs études. Les résidentes bénéficient d’un accompagnement et peuvent être hébergées pendant plusieurs années, selon leur parcours scolaire. Une fois leur premier diplôme obtenu, elles disposent également d’un temps supplémentaire pour se préparer à intégrer le marché du travail.
24 jeunes mères peuvent actuellement être accueillies dans le projet.
Rayon de Soleil illustre une approche qui traverse l’ensemble des actions de l’organisme : partir des besoins réels, chercher des solutions et créer des occasions qui permettent aux personnes d’avancer.
La réinsertion professionnelle constitue également un volet important de cette mission.
Depuis plus de 15 ans, Fourchettes de l’espoir travaille avec le Service correctionnel du Canada (SCC) afin d’offrir des expériences de travail à des personnes en processus de réinsertion. Dans les activités de production alimentaire, ces personnes peuvent retrouver un cadre de travail, mettre leurs compétences à contribution et reprendre progressivement leur place dans la communauté.
Cette approche repose sur une conviction forte : une deuxième chance peut commencer par une première occasion.
Une histoire racontée par Brunilda Reyes, cofondatrice et directrice générale, en témoigne.
Il y a plus de dix ans, un homme arrive chez Fourchettes de l’espoir dans le cadre de son parcours de réinsertion. Cuisinier professionnel, il travaille à la préparation de repas destinés notamment à des personnes âgées. Discret, il reste longtemps en retrait. Un jour, un animateur pâtissier étant absent, on lui demande de participer à une activité avec de jeunes enfants. Il accepte, malgré sa nervosité, et prépare un gâteau avec eux. Quelques années plus tard, l’homme revient chez Fourchettes de l’espoir avec sa conjointe. Il souhaite remercier l’équipe.
L'équipe découvre alors que cette activité, qui semblait n’être qu’un petit moment parmi tant d’autres, avait eu un impact bien plus grand. Pour la première fois, lorsqu’il retrouvait ses enfants, il ne se contentait plus de regarder la télévision avec eux. Il cuisinait avec eux.
Cette histoire résume bien la portée de la mission : les effets d’une action ne sont pas toujours visibles immédiatement. Ils peuvent se poursuivre longtemps après qu’un repas ait été servi, qu’une activité se soit terminée ou qu’une personne ait quitté les locaux.
Cette volonté d’agir sur le long terme se retrouve aussi dans les nombreuses initiatives destinées aux jeunes. De l’école culinaire pour les enfants aux activités pour les adolescent.e.s, en passant par les camps de jour et les premières expériences de travail, Fourchettes de l’espoir cherche à créer un véritable fil conducteur.
Un enfant peut d’abord découvrir la cuisine, revenir quelques années plus tard dans un programme destiné aux adolescent.e.s, puis accéder à une première expérience professionnelle.
L’objectif n’est pas uniquement de transmettre des recettes ou des compétences culinaires. Il s’agit aussi de développer l’autonomie, la confiance, les compétences sociales et professionnelles et, surtout, de faire découvrir aux jeunes qu’ils et elles disposent de possibilités.
10 824 jeunes rejoint.e.s par l’école culinaire, les camps de jour et les programmes jeunesse dont Ma première expérience de travail.
Cette continuité donne un sens particulier aux activités : chaque intervention peut devenir une étape dans un parcours.
L’évolution des Fourchettes de l’Espoir se reflète aussi dans la transformation de son équipe et le développement de sa capacité d’action.
En 2001, l’organisme commence avec trois employé.e.s et quatre bénévoles. Aujourd’hui, il compte onze employé.e.s permanent.e.s, quatre employé.e.s à temps partiel et peut rassembler plus d’une centaine de personnes durant la période estivale.
Cette croissance n’aurait pas été possible sans les personnes qui font vivre l’organisme au quotidien : équipe, bénévoles, partenaires et membres de la communauté.
70 bénévoles mobilisés au cours de la dernière année.
84 000 heures de bénévolat réalisées.
Célébrer 25 ans, c’est regarder le chemin parcouru, mais aussi se demander comment continuer à être utile dans un monde qui change.
Pour Fourchettes de l’espoir, la réponse passe par la capacité d’évoluer. Les besoins de la population évoluent, les réalités sociales changent et les façons d’agir doivent suivre.
L’avenir de l’organisme passe donc par la consolidation de sa mission, le développement de partenariats et le partage des apprentissages accumulés au cours des 25 dernières années. Et si les 25 premières années ont démontré quelque chose, c’est bien qu’une mission peut évoluer sans perdre son essence.
Rendre accessible une alimentation de qualité. Soutenir les personnes. Créer des possibilités. Favoriser l’égalité sociale et économique des résident.e.s de Montréal-Nord en améliorant les conditions de vie du quartier.
Après 25 ans, Les Fourchettes de l’espoir poursuit donc sa route avec la même conviction qui l’a vue naître : l’alimentation est essentielle, elle peut aussi être le début de quelque chose de plus grand.
La suite reste à écrire.
Rédaction Nord-Média