21 avril 2026
À Sherbrooke, le premier Sommet national sur le droit à l’alimentation a réuni près de 400 acteur.rice.s des milieux communautaire, agricole et institutionnel autour d’une question centrale : comment garantir un accès digne, adéquat et durable à l’alimentation ?
Présente à cet événement, Gazawi Saint-Vil, coordonnatrice en alimentation à la Table de quartier de Montréal-Nord (TQMN), est revenue avec plein d'idées pour Montréal-Nord grâce aux échanges et aux rencontres riches en apprentissages ! Les réflexions avancent et la réalisation du droit à l’alimentation continue de nécessiter des actions concrètes, structurantes et soutenues dans le temps.
Le droit à l’alimentation ne se limite pas à l’absence de faim. Il implique la capacité d’accéder à des aliments sains, choisis, culturellement adaptés et produits de manière durable. Malgré les avancées, ce droit n’est pas encore pleinement garanti. L’insécurité alimentaire demeure bien présente, révélant les limites d’un système encore largement basé sur des réponses d’urgence. Les échanges du Sommet ont mis en évidence la nécessité de passer d’initiatives ponctuelles à des approches structurantes, ancrées dans les réalités des territoires.
Parmi les leviers identifiés, les circuits courts occupent une place centrale. Raccourcir la chaîne alimentaire permet de rapprocher les producteurs et les citoyens, de favoriser l’accès à des aliments frais et locaux, de soutenir l’économie de proximité et de redonner du sens à l’alimentation. Toutefois, pour que ces modèles puissent réellement répondre aux besoins des populations, ils doivent être soutenus, structurés et adaptés aux réalités locales.
À Montréal-Nord, ces principes prennent déjà forme à travers plusieurs initiatives portées par le milieu communautaire et les partenaires du territoire. Dans le cadre du Plan de développement social de Montréal-Nord (PDS) co-porté par la Table de quartier de Montréal-Nord (TQMN) et l'Arrondissement de Montréal-Nord, un pôle alimentaire est en développement depuis quelques années, porté par le comité Accessibilité à une saine alimentation. Ce projet d’envergure vise à structurer l’offre alimentaire du territoire en s’appuyant sur des actions concrètes qui répondent directement aux enjeux soulevés lors du Sommet, notamment en matière d’accès, d’éducation et de circuits courts.
Le Comptoir de la Maison culturelle et communautaire (MCC) en est un exemple marquant. Il s’agit d’un espace collectif intergénérationnel où l’alimentation devient un levier d’apprentissage, de socialisation et d’autonomie. À travers des ateliers culinaires, des activités éducatives et des moments de partage, les participants développent des compétences, apprennent à mieux comprendre les aliments et renforcent leur pouvoir d’agir. Au-delà de la cuisine, le Comptoir de la MCC contribue à briser l’isolement et à créer du lien social, tout en répondant à un besoin important identifié lors du Sommet : celui de renforcer l’éducation alimentaire tout au long de la vie.
Le Marché de la MCC, regroupé avec les autres marchés du quartier l'été, joue également un rôle clé dans le développement de circuits courts à l’échelle du quartier. En offrant un accès direct à des produits locaux à proximité, ces marchés permettent aux résidents de s’approvisionner autrement, tout en soutenant des entrepreneurs émergents. Ils favorisent une économie locale plus inclusive, valorisent les produits cultivés ici et intègrent progressivement des pratiques de revalorisation des invendus. Des efforts sont aussi déployés pour rendre ces espaces financièrement accessibles, notamment à travers des formules adaptées. Toutefois, pour assurer leur pérennité et garantir une accessibilité réelle pour tous, un soutien financier structurant demeure nécessaire.
Les Jardins de la MCC complètent cet écosystème en permettant de rétablir un lien direct avec la production alimentaire. En cultivant, les participants découvrent les cycles de production, développent une relation concrète avec la terre et valorisent les aliments frais. Ces expériences contribuent à favoriser l’autonomie alimentaire, à sensibiliser à l’agriculture locale et à encourager des pratiques durables. Elles s’inscrivent dans une vision plus large visant à renforcer une agriculture nourricière de proximité.
Pris individuellement, ces projets ont déjà un impact concret. Toutefois, leur plein potentiel repose sur leur mise en réseau. Le développement d’un pôle alimentaire à Montréal-Nord vise justement à connecter les initiatives, mutualiser les ressources, renforcer les circuits courts et structurer une offre alimentaire cohérente à l’échelle du territoire.
Le Sommet l’a rappelé : l’alimentation ne peut être considérée comme une simple marchandise. Elle est un droit, mais aussi un levier de santé, de cohésion sociale et de développement local.
À Montréal-Nord, ce droit prend déjà forme à travers des initiatives concrètes, portées par des acteur.rice.s engagé.e.s et ancré.e.s dans les réalités du quartier. Les bases sont présentes. Le défi consiste maintenant à soutenir ces actions, à les structurer et à leur donner les moyens de se déployer pleinement.
Le droit à l’alimentation ne se décrète pas. Il se construit, jour après jour, dans nos communautés.
Crédits photos : Rachel Cheng du Conseil système alimentaire Montréalais et TQMN
Rédaction : Nord-Média et Gazawi Saint-Vil, coordonnatrice en alimentation à la Table de quartier de Montréal-Nord (TQMN)