RICIT : quand le dialogue devient un acte collectif

6 février 2026

Il y a des projets qui naissent d’une opportunité de financement.

Et puis il y a ceux qu’on porte par conviction, parce qu’ils répondent à quelque chose de plus profond et parfois de plus inconfortable, mais fondamental. RICIT fait partie de ceux-là.

Ǫuand nous avons lancé, en 2023, Les Rencontres interculturelles d’Impulsion-Travail (RICIT), nous savions que nous sortions de notre cadre habituel. À Impulsion-Travail, on travaille l’employabilité : les CV, les lettres de présentation, les techniques d’entrevue. Des outils essentiels, mais insuffisants si l’on ne s’attaque pas à ce qui précède l’emploi : la reconnaissance, le regard porté sur l’autre, le sentiment d’appartenance.

RICIT est né d’une double intention : créer des espaces où l’on peut se parler vraiment et mobiliser largement la communauté pour que le dialogue devienne rencontre. Pas pour se rassurer. Pas pour lisser les différences. Mais pour nommer les réalités, parfois inconfortables, qui nous traversent.

 

Des moments concrets, ancrés dans la vie collective

Pour celles et ceux qui n’ont jamais participé au RICIT, il faut dire à quoi cela ressemblait, concrètement.

 

Le projet s’est déployé autour de moments citoyens clés, bien connus du grand public :

  • le Mois de l’histoire des Noirs,
  • la Semaine d’action contre le racisme,
  • la Semaine québécoise des rencontres interculturelles.

Mais au-delà du calendrier, ce sont surtout les formes prises par les rencontres qui ont marqué.

 

 

Il y a eu une projection documentaire où des demandeurs d’asile ont raconté leur parcours migratoire, leurs ruptures, leurs espoirs, des récits rarement entendus autrement que dans l’urgence ou en l’absence de véritables espaces d’écoute.

Il y a eu des artistes de toutes origines qui ont porté un regard poétique et positif sur Montréal-Nord. À travers une exposition, ils ont donné à voir le quartier autrement, à travers leurs propres lunettes : sensibles, nuancées, loin des clichés.

Il y a eu des performances artistiques, des échanges citoyens, des discussions où se côtoyaient des personnes qui, dans la vie courante, ne se seraient probablement jamais retrouvées dans la même salle.

Et il y a eu le speed dating professionnel, où employeurs, chercheurs d’emploi, personnes immigrantes et acteurs communautaires se sont rencontrés face à face. Pas pour débattre d’idées abstraites, mais pour parler, se découvrir, parfois déconstruire des perceptions bien ancrées.

À chaque fois, l’objectif était le même : provoquer la rencontre réelle, celle qui ne va pas de soi.

 

Un projet porté par la communauté

Ce qui distingue profondément le RICIT d’autres initiatives, c’est qu’il n’a jamais été porté en vase clos.

À chaque rencontre, on retrouvait des élus, des acteurs de l’écosystème de Montréal-Nord, des partenaires communautaires, mais aussi des personnes venues d’autres territoires. Le projet a circulé : dans nos locaux, dans des salles communautaires, au Centre des Aînés de Villeray, au Centre des femmes de Montréal-Est / Pointe-aux-Trembles, et au Cégep Marie- Victorin, notamment dans des classes de francisation.

Voir des personnes en apprentissage du français exprimer leur identité, leur rapport au Ǫuébec, leur vision du vivre-ensemble, dans un espace sécuritaire et respectueux, rappelait concrètement pourquoi ces projets sont nécessaires.

RICIT n’était pas « un projet d’organisme ». C’était un projet porté par la communauté, nourri par elle, interpellé par elle.

 

Un dialogue parfois inconfortable, mais nécessaire

À travers le RICIT, nous avons vu des discussions s’ouvrir. Certaines fluides. D’autres plus tendues. Mais rarement indifférentes.

Le projet n’a jamais cherché à rassurer à tout prix. Il a cherché à être honnête. À faire émerger les angles morts. À poser les questions difficiles : qui porte le dialogue interculturel? Ǫui est présent? Ǫui manque encore?

 

 

Une clôture devenue prise de position collective

La soirée de clôture aurait pu être une formalité. Elle a été tout autre chose.

Officiellement, il s’agissait de la fin administrative d’un financement. Dans les faits, elle a donné lieu à une véritable plaidoirie collective.

Des partenaires, des acteurs du milieu et des personnes présentes ont pris la parole pour dire clairement que ce projet ne pouvait pas s’arrêter là. Ǫue ces espaces sont essentiels. Ǫu’ils répondent à un besoin réel. Ǫu’ils doivent être pérennisés.

 

Cette soirée a aussi mis en lumière une réalité inconfortable : le dialogue interculturel est encore trop souvent porté par les mêmes voix. Tant que certaines responsabilités ne seront pas réellement partagées, tant que certains alliés resteront en retrait, le vivre-ensemble demeurera fragile.

 

Une fin administrative, pas une fin de sens

RICIT se termine sur le plan administratif. Mais il laisse derrière lui des liens tissés, des récits partagés, des regards déplacés. Et une certitude renforcée : le vivre-ensemble ne se décrète pas. Il se construit. Lentement. Collectivement. Et parfois dans l’inconfort.

Ce n’est pas un point final. C’est une virgule. La suite reste à écrire.

 

Crédit photo : Alexandre Murphy

Par Dorcas Destinoble, Directrice générale, Impulsion-Travail Janvier 2026

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